Compte rendu MMAC (Maya Mountain Adventure Challenge) 2018

Il y a quelques jours s’est déroulée la Maya Mountain Adventure Challenge, manche des ARWS.
Wilfrid était présent sur cette course au sein d’une équipe internationale. Voici son compte rendu !

Pour cette 1ère manche ARWS 2018, je n’aurai pas su trouver les mots ou créer l’engouement pour monter une équipe 100% DSN74. Il faut bien reconnaître que le calendrier ne s’y prête pas vraiment alors que l’hiver bat son plein ici.

Gonflé à bloc et séduit par l’idée d’évoluer hors des sentiers battus dans un pays d’Amérique centrale, je prends contact avec l’organisation de MMAC.

En moins d’une semaine, l’équipe était sur pied à 3.5 mois du départ. 1 Brésilien, 2 Américaines et un Français (Leandro, Misty, Sara & Wil). Le compte à rebours est lancé et nous parvenons à établir une dynamique à l’aide de Messenger en partageant nos entraînements, nos sorties et nos attentes à plusieurs milliers de kilomètres les uns des autres.

Il fallait bien cela pour ne pas avoir l’impression d’être des inconnus en se retrouvant à San Ignacio pour la 1ère fois.

Le trajet risque d’être long entre Genève et San Ignacio, avec une nuit à Atlanta mais le tarif sera le même pour toutes les équipes françaises ou francophones.

Dans l’avion qui m’emmène à Atlanta, à peine installé, que je croise 3 hommes et une femme, sur une même rangée, le prototype même du raideur dont l’aura émane sans trop savoir pourquoi. J’ai devant moi l’équipe Agde Raid Aventure. Nous sommes dans l’ambiance d’avant course. J’adore cela.

L’arrivée à l’aéroport est toujours un moment quelque peu stressant. Entre les formalités douanières où il y a toujours un risque que la nourriture de course apportée soit confisquée et la possibilité que les bagages ne soient pas arrivés, mon cerveau est en ébullition et tous mes sens sont en éveil.

Dehors, il faut bon, il fait chaud. Cela me rappel le Paraguay. Il y a si peu de jours pour s’acclimater.

Les 2 heures de trajet pour se rendre sur le lieu de départ de la course sont pour nous l’occasion de découvrir Belize et de s’imprégner de l’atmosphère qu’il règne dans cette ancienne colonie britannique.

Nous pourrions croire que le pays est plat, tant les champs s’étendent à perte de vue. Mais progressivement quelques buttes apparaissent. Elles laisseront place aux montagnes russes sur la 2ème moitié du Raid.

Avec la remise des cartes, le tracé à réaliser, l’enchaînement des épreuves qui devient plus concret, le briefing de l’organisation un peu brouillon, semblant être préparé sur le pouce, s’oublie bien vite. Demain nous prendrons le départ et il faudra que nous soyons vigilants, car 3 orienteurs dans une équipe qui ne se connaît pas, cela peut être une difficulté majeure pour progresser sereinement. Nous avons beau nous dire que nous orienterons à tour de rôle mais j’ai tout de même un pressentiment…

Le départ est donné et j’ai l’impression que ce début de course est chaotique.

Nous sautons dans les canoës et force est de constater qu’un des sièges avant est en vrac. Cela va faire long pour 2x 35 km. Intérieurement je peste contre l’orga mais me calme bien vite. Inutile de brûler de l’énergie pour rien. Sara assure car elle a des colliers rilsan qui nous permettent de réparer rapidement mais la tête de course est déjà bien loin. J’hallucine. En quelques coups de pagaies, ils nous ont mis une sacré torpille.

A la transition VTT, il ne sera pas pour nous question d’être rapide car Misty & Sara ont des petites caisses VTT qui les obligent systématiquement à démonter et remonter dérailleur arrière, et guidon. Nous n’avons pas le choix, il faudra faire avec.

Nous accueillons nos premiers coups de pédales avec délectation car les paysages sont ouverts, tout est lumineux, l’itinéraire est bien choisi, la piste roulante et le rythme est bon.

Au bout de 45 minutes, j’ai déjà un rayon qui lâche et au bout d’une heure, je prends un vol après un mauvais coup de patin frein avant sur une pierre glissante. Je me relève plein de boue et une douleur fulgurante sur la partie externe du quadriceps gauche. Une grosse béquille qui m’empêche de plier correctement la jambe. Génial, ça promet et mon moral en prend un coup. C’est partie pour devoir gérer cette douleur pendant deux jours.

J’ai le sentiment que je vais être à la ramasse en VTT. Nous nous mettons en ligne. Les filles roulent bon train et c’est appréciable de voir qu’elles nous imposent le rythme. L’orientation est fluide et c’est l’esprit serein que nous abordons la 2ème section Kayak, de nuit, VTT embarqués et attachés aux bateaux.

Section sans difficulté si ce n’est d’éviter les obstacles plus ou moins gros au milieu de l’eau. Nous sommes au coeur de Belize, au beau milieu d’une nature qui se livre à nous avec des singes hurleurs dont les cris rauques aiguisent notre curiosité.

Lorsque nous repartons en VTT, cela fait bien longtemps que nous n’avons vu personne. Pas de lumière clignotante ni devant, ni derrière nous. Aucune idée où la tête de course peut se trouver.

A peine le temps de croiser Agde Raid Aventure où je sens Paul Galod en pleine effervescence que nous traversons un bras de rivière avec de l’eau jusqu’au torse. Il est des moments où le chemin sembe tout tracé sans avoir à jardiner. Nous suivons une direction, un azimut, une chemin repéré par des sticks en bois plantés dans une terrain imbibée d’eau impraticable à vélo mais qui est un vrai raccourci pour rejoindre la piste principale. L’excitation est palpable car nous savons précisément où nous sommes et personne dans nos traces.

Lorsque nous parvenons à la 1ère Dark Zone, nous recevons les encouragements de Naturex. J’ai alors l’impression de prendre un shoot de caféîne. Les choses sérieuses vont commencer avec le premier trek, départ aux aurores pour aller se confronter à une végétation touffue.

Ma jambe gauche me fait souffrir pourtant j’ai envie d’imposer un rythme marche rapide et soutenue.

Je constate bien vite que je dois revoir mes véléïtés à la baisse car notre équipe n’est pas taillée pour. Oui je suis le seul à avoir de longues jambes et le seul à avoir fait l’armée, ha ha ha.

La section nage aquatique se présente mythique. Nous l’abordons en configuration minimaliste. Pas de bouée, pas de matelas, pas de packrafts, juste nos gilets. et pour ma part juste un pullboy en véritable professionnel du Swim Run, et mon haut de Wake surf… L’enchaînement des grottes est grandiose et nos deux triathlètes féminines sont comme des poissons dans l’eau.

Après quelques heures dans l’eau, j’ai mon compte et je suis totalement refroidi. Tandis que nous nous laissons toujours porter par le courant, il me tarde que nous sortions du lit de la rivière pour reprendre une marche dynamique avant d’attaquer le Jungle Track.

Une longue marche dans le désert nous attend avant de pénétrer dans la Jungle. Pistes interminables sous le soleil, carte pas à jour, jardinage, nous n’avons plus de rythme. Je pense alors que nous sommes un peu diminués psychologiquement à ce moment de notre course. Les moustiques sont là, inlassablement sur nous. Je n’ai jamais eu autant de piqûres simultanément. Je suis énervé, irrité, tout simplement fatigué. C’est Sara qui a la bonne intuition de passer à travers la grotte gigantissime pour nous mettre sur le bon chemin. Et cela me relance. Je suis prêt à ouvrir le chemin, à progresser dans ce tunnel de végétation, chaud, humide, à la recherche des coups de machette sur les troncs et de quelques fanions rouges. Cela nous conditionne. La bonne humeur s’installe parmi nous 4. Pendant quelques heures, nous serons en mode automatique, à tel point que lorsque le marquage s’arrête, notre cerveau s’arrête et nous devons nous poser pour dormir et pouvoir réfléchir à nouveau correctement au réveil.

C’est là que nous prenons la décision de shunter un CP. Je suis déçu mais je sens que le reste de l’équipe est rincée et n’a pas envie d’un AR de plusieurs heures. Inutile d’insister. Je ne me rends pas compte que leurs pieds sont bien meurtris et qu’ils n’ont peu être jamais vraiment eu l’occasion de marcher dans ces conditions. Je préfère me focaliser sur la suite à venir

La section VTT de 120 km est fabuleuse. Je ne compte plus le nombre de ruisseaux traversés pour trouver notre chemin. Une vrai logique de progression à travers la végétation et les orangeraies pour déboucher sur une cascade pleine de grâce, de féminité et de puissance. Je pense à Claire, mon épouse et à mes deux p’tits loups. Cela me fait du bien car je commence à en avoir assez du style directif de Sara, de ses cris et de ses injonctions à aller dans tel ou tel sens.

« Allez Wil, ne focalise pas là dessus, nous progressons groupés, le terrain est joueur, nos choix d’itinéraires sont bons, c’est çà l’essentiel !! »

Lorsqu’il est temps de prendre une pause dans une petite échoppe, je retrouve avec joie Christine, Jérôme, Antony et Paul d’Agde Raid Aventure. Ils sont concentrés. Leur pause semble millimétrée, pas question de relâcher la pression. Lorsqu’ils nous doublent à nouveau, je suis séduit par leur rythme. Ça appuie fort sur les pédales.

A la transition, les filles partent pour 3h de sommeil. Dans mon esprit, c’est l’agitation, l’excitation : « 3h de sommeil !! non mais je rêve, ok soit ». Impossible de dormir. Une certaine euphorie m’entoure. J’en profite pour prendre une douche… Je m’enroule dans mon sac bivy. Quel M…. ce truc. Je me réveille tout trempé, grelottant, alors j’installe mon hamac et à peine 10 minutes après, je suis rincé par l’averse qui rafraîchit l’atmosphère. Intérieurement je rincane car je suis là à m’agiter alors que mes 3 équipiers dorment encore à poings fermés.

Au petit matin, les filles sont autonomes alors que Leandro tarde à émerger. Il a des difficultés à préparer ses affaires. Je sens qu’il est à la peine.

C’est à ce moment là que l’organisation prend la décision de nous dérouter du dernier trek car les équipes de tête jardinent depuis trop longtemps.

Il faut alors marcher sur la route pour rejoindre la prochaine transition. Misty et Sara sont folles de rage et s’abattent pour ainsi dire sur Leandro car si nous avions été plus rapides, nous serions déjà partis sur le trek avant la décision de l’organisation. Leandro a alors le comportement adéquate. Il ne prend pas les attaques personnellement et je lui explique comment il aurait dû à mon sens gérer son réveil.

Notre équipe avance péniblement sur la route. Sara a leur moral au plus bas. Ses pieds sont meurtris. Le terrain accidenté sape sa motivation. Elle est à fleur de peau. Lorsque nous tombons sur le poste CP24 mal positionné de 3 km, nous sommes à deux doigts d’explosion, scission dans l’équipe. D’un côté les hommes, de l’autre les femmes. Sara ne peut se contenir lorsqu’elle apprend que le téléphone de secours de Leandro ne capte pas le réseau de Belize. Non pas qu’il n’y ait pas de réseau, mais le forfait de Leandro ne le permet pas….. Quelle blague !! Mais l’attitude de Sara est excessive à la limite de la correction.

A ce moment de la course, nous n’en pouvons plus de Sara. Nous prenons le large avec Leandro, marchant inlassablement dans la boue pour tenter de nous sortir de cet enfer vert. Et surtout nous calmer. Il nous faut nous ressouder à nouveau, retrouver une certaine quiétude, l’envie de progresser côte à côte.

C’est le VTT de nuit qui nous offrira ce moment de reconstruction. Nous roulons un instant au milieu des autres équipes. L’orientation est fluide. Mais qu’il est dur de garder les yeux ouverts. Nous évoquons à haute voie cette journée qui vient de s’écouler car nous serons tous passés par une large palettes d’émotions, de la joie, l’euphorie à l’agacement, la colère.

Notre équipe aurait pu se déchirer complètement après 72 heures de course. Mais l’aventure est là avec son lot de bonnes choses et d’autres moins agréables. On rigole, nous nous moquons de nous même. Ce sont de jolies tirades. Je suis content de voir ce que nous arrivons à faire alors que c’est la première fois que nous courons ensemble sans passif, avec la seule détermination d’avancer et de passer la ligne d’arrivée.

Alors que tous les indicateurs semblent au vert pour prendre le départ du packraft, Sara est au plus mal. Recroquevillée sur elle même, la tête lourde, abattue, la voix meurtrie, elle envisage d’arrêter purement et simplement. Ses pieds sont très douloureux, abîmés, à vif. C’est la première fois qu’elle expérimente cela pour avoir porté des chaussures bien trop serrées depuis le début de la course. Elle m’annonce que s’en est trop pour elle, qu’elle n’a plus la force de continuer, que nous devrons faire sans elle la dernière étape.

Misty, son amie de longue date, est là pour la consoler, pour l’aider à trouver une ultime ressource en elle afin qu’elle ne renonce pas, que l’équipe tente d’aller au bout, et qu’elle accepte de rechausser ses chaussures de VTT, malgré la douleur.

Il est 3h du matin, je suis entre deux eaux. Je prends de plein fouet cette nouvelle. J’ai l’impression de ne pas bien comprendre. Cela va très vite dans ma tête. Je dis les choses posément, calmement mais à cet instant précis, dans mon état second, je n’ai pas l’impression de croire en ce que je dis. Comme si les mots sortaient avant la pensée. J’ai une envie folle de faire le packraft et je me vois dire aux filles alors que Leandro dort encore : « ce n’est pas grave, nous courrons sous une même couleur, nous avons progressé ensemble depuis le début, il n’est pas question de morceler l’équipe en 2 et de nous faire disqualifier. Nous pouvons en rester là si vous le souhaitez ».

En moi, c’est le feu, le tiraillement. « ai-je bien fait de réagir de cette manière ? » J’ai alors le sentiment que si nous ne continuons pas, c’est désormais à cause de moi, car j’ai ouvert la brêche, j’ai offert cette éventualité à l’équipe alors que cela ne me ressemble pas.

A côté de nous, les autres équipes sont en pleine effervescence. Non pas pour prendre le départ car cela fait déjà 30 minutes que la darkzone est terminée mais pour savoir s’il faut se lancer dans la section packraft pour des questions de place au sein du classement. C’est l’organisation qui met la pagaille au sein de plusieurs équipes, prétextant qu’il ne faut pas prendre le départ du packraft car la section est longue et qu’il y a risque de disqualification à l’arrivée. Il y a minimum 12h de progression depuis le point où nous sommes. Il est 3h30 passé et l’arrivée autorisée est à 17h00 maxi. Cela me fait mal au coeur de voir ce que fait l’organisation a ce moment. Mais merde, laissez nous gérer notre course. Arrêtez d’appuyer sur la peur de ne pas être classé. Pourquoi autoriser à ce que nous puissions rentrer et rejoindre l’arrivée en VTT sans prendre part à la section Packraft ?

Je suis désabusé, écœuré.

Je ne veux plus entendre ces discussions, je veux remonter sur mon bike, et sentir encore en moi le goût de l’effort, regarder encore la carte pour s’orienter, faire des choix d’itinéraires

5h30, Misty m’annonce comme le messie que nous pouvons partir. Nous rejoindrons l’arrivée ensemble, en VTT, en passant par la dernière transition afin de ne pas être disqualifié.

Une euphorie me gagne. J’ai comme une injection de caféine qui se diffuse dans tout mon corps. Je cours partout avant de reprendre en main mon VTT et mener notre team à la dernière transition.

Sara est méconnaissable car elle a repris confiance en elle. Les larmes sont séchées, oubliées. Je me prends à rêver que nous allons faire le packraft….

Ce dernier passage en VTT est fabuleux au petit matin alors que la campagne se réveille dans la brume et que les températures sont encore fraîches.

A la transition, le rêve se brise car l’organisation a déjà écartée notre matériel packraft suite aux discussions entre l’organisation, Sara et Misty, la veille au soir.

J’ai les boules mais je ne montre rien. Je reste zen, le sourire aux lèvres mais ce n’est pas ce qui se passe réellement en moi.

Nous décidons toutefois d’aller chercher une balise à pied en aller-retour avant de rentrer définitivement par la route. Super comme fin de raid….

Effectivement les pieds de Sara sont en vrac. Ceux de Leandro ne sont pas mieux. Nous ne pouvons pas avancer très vite sur cette dernière balise. Il nous aurait été impossible de finir la section en 12h et je n’aurai pas pu porter Sara sur mes épaules, sur ce terrain accidenté, jusqu’au départ du packraft.

Nous rebroussons chemin vers la transition. Adeorun et Agde Raid Aventure nous voient débouler et hallucinent en voyant Sara arriver en chaussette sur la piste, ne comprenant pas les discours defaitistes de la veille au soir et le fait que nous soyons allés chercher une balise supplémentaire.

A 12h00, nous passons la ligne d’arrivée,, non sans un ultime agacement à 1.5 km de l’arrivée, dû à la fatigue et au relâchement. La joie est là de franchir à 4 cette arche. Nous sommes toutefois dans la retenue, notre satisfaction étant mitigée.

Oui nous l’avons fait. Partir de zéro. Franchir des obstacles, persévérer, nous soutenir, nous épauler, partager pour un seul et unique objectif commun.

Progresser pour arriver ensemble et terminer cette belle course.

Cela valait vraiment la peine d’être vécu, heureux de cet aboutissement !!

Et quel plaisir d’être au côté de toutes ces équipes françaises et suisse. J’ai vu là une vrai famille du Raid, de belles connivences, de l’intimité, de larges sourires et de superbes amitiés.

Wil

Teiu – DSN74 – Good’nuff, sous les couleurs du Brésil

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